mercredi 29 février 2012

Rogne

Suffit de te rogner le bout de l'aile pour que tu disparaisses.

Dust, Dan Estabrook, 1999

mercredi 22 février 2012

Le manque cru

Le manque cru de cette étreinte-là.

That's how they're harvested, Kasia Fudakowski, 2009

mardi 21 février 2012

Avant tout



Une, deux :
Je t’aime plus que tout, tu es la femme, la femme de ma vie, vieillir avec toi
Une, deux :
Jamais, jamais avant toi ! jamais. Tu es tu es tu es. Ma princesse ma maîtresse
Une, deux :
Dès que. Dès que. Dès que tu es avec moi. Dès que. Dès que je suis contre toi - toi et moi. Dès que.
Une, deux :
Je te vois je te touche, touche ta peau. Alors. Je suis Je suis Je suis. Complet. Heureux.
Une, deux :
Je passerai mes journées comme ça. Contre toi. tu le sais dis tu le sais et tes PETITS seins, j’aime tes petits et ton gros et tes petits, et là, et encore, et dès que, tu sais, tu es 
Une, deux, trois :
Mais avant
avant tout
avant  toute chose
je vais te
laisser
crever là.

Untitled #1, Anna Gaskell, 1996

dimanche 19 février 2012

Des fenêtres

Inutile de la chercher, cette fille est toujours plantée devant mes fenêtres. Je la retrouve, d'une pièce à l'autre, elle regarde, elle regarde tellement que je suis obligé de m'approcher, bien que ce paysage je le connaisse par cœur puisque c'est mon dehors, ma fenêtre, ma chambre, mon appartement. Mais elle, elle se colle, elle aspire, est aspirée, elle tend parfois sa main, m'attire, et je me plaque derrière elle, je ferme les yeux parce qu'elle va trop vite, je tends l'oreille et j'entends : "tu comprends, dans ma vie d'avant, avant, avant toi, des fenêtres d'où je regardais il n'y avait rien d'autre qu'un mur."

Remainder XI, Matias Faldbakken, 2010

mercredi 15 février 2012

L'accroc

L'obscurité est limite, sa sensibilité à fleur de tête et l'accroc à sa jupe...
Elle joue à un je dangereux.

Untitled, Cui Fei, 2012

mardi 14 février 2012

Désir

le désir est / mets le grappin dessus / guette un nouveau jour / prends-le par surprise

Bunny, Polly Borland, 2011

lundi 13 février 2012

os

- Tu es un tas d'os
- On va pas en faire un plat
- T'as l'air d'une ado
- Pour ce que ça m'a apportée d'être une femme.

Untitled, Yu Jinyoung, 2006

samedi 11 février 2012

Version

Elle a besoin d'une Histoire pour se livrer, sinon elle ne donnera qu'une version abrégée d'elle-même.

Sans titre, Walter Mason, 2011

vendredi 10 février 2012

Putain de sa mère

Parfois il y a une autre fille dans le magasin. Une fille comme moi. Une putain à sa mère. Je dis putain parce que les garçons de l’école m’appellent comme ça. Et aussi parfois dehors les voix dans le dos. La fille et moi on se regarde pas. Je l’aime pas. Elle me déteste aussi. Nos mères se parlent, elles échangent des robes, elles complimentent la fille de l’autre. Mais quand on sort ma mère vipère "qu’elle est moche cette petite, aucune classe, quel mauvais goût."
Elle m’a pas vu. Tu m’as pas vu maman. Tu me vois pas. Tu nous vois pas ?

Poupée, Gisèle Vienne, 2010

jeudi 9 février 2012

Brasier

Avant de devenir armés, tes bras étaient mon brasier.

Silueta Works in Iowa, Ana Mendieta, 1976-1978

mercredi 8 février 2012

Pierre fendre

Il silence à pierre fendre. Elle a beau ajuster sa cagoule d'os, serrer plus fort son manteau de peau, il passe partout, mord son cœur, noircit sa bouche, gèle son esprit.

Mécanisme de l'oubli, Isa Marcelli, 2011 (?)

lundi 6 février 2012

Faim

On crève de faim dans cette vie-là.
Espaces trop petits
propositions trop petites
réalisations trop petites
amours trop petites
rages trop à l'étroit
désirs trop à l'étroit
corps trop à l'étroit
mots trop à l'étroit.

Heterotopia, Vincent J. Stoker,  2011

samedi 4 février 2012

à blanc

je rêve de la saigner / je rêve de faire la paix / pensées limites / mots périmètres
saigner - paix - mots - limites

Body tracks, Ana Mendieta, 1974

jeudi 2 février 2012

Obstinée

Tu n'es bonne qu'à ça / fredonner et rêver / que la merde sent le mimosa / que la réalité est le rideau de scène / l'enfance une tension / l'amour un éblouissement.

Gaijin, David Favrod, 2011

mercredi 1 février 2012

Rixe

Trop saouls pour se battre debout
gueules ouvertes collées au pavé
jambes fauchent où elles peuvent
bras balancés, hanches se cognent
grognent, crachent, étouffent, jurent
tu vas payer pour ma vie
écrase, explose, saigne.
Autour de la mêlée
chiens dressés
excitent, bondissent, jappent
tracent un périmètre
de crocs de poils de salive.

Tables choquées, Suzy Lelièvre, 2011