Camille Claudel



Camille sait, les muscles noués, la chair affaissée, la fragilité du corps, le tremblement de l’âme, l’affolement des sens.

Camille sait, la matière vivante, son marbre plus carné, son marbre n’est pas une éternité, ni dur, ni stèle, il épelle les imperfections, il muscle douloureusement, il salive langoureusement, il est troublé, troublant.

Camille sait, l’onyx, le plâtre, le bronze, entre ses mains tout est possible.

Camille sait, l’invasion, la déraison, quelles sont les forces qui s’enroulent autour des jambes, contraignent le corps, déséquilibrent, effacent les visages.

Camille sait, tord et vrille les couples, les âges, rapproche les étreintes, les mouvements, les baisers.

Camille sait, chuchote, rassemble les Causeuses, chaque attitude est un miracle, chaque mot un secret, chaque regard une révélation.

La lumière creuse, caresse, elle est douce à Camille.

Camille sait, apprend le silence ; aux richesses, à la beauté, aux forces, aux désirs, aux dépassements, aux éclats, aux dialogues, elle renoncera.

Les bustes de Rodin et de Paul, tranchés net aux épaules, rigides, implacablement éternels, tutélaires et sévères, posés l’un à côté de l’autre, fixent la salle remplie. Bouches closes. Moustaches. Arcades, menton. Ils tiennent ferme. Ils disent Non. Ils enferment.
Tout est mouvement sauf ces deux bustes noirs.

Camille visionnaire sculpte les âges de sa vie, de l’enfance à l’abandon.

Comment Camille.
Comment ont-ils pu ?
Et pourquoi continuent-ils ?


L’exposition de Camille Claudel au musée Rodin ? Dans la vitrine au fond et la première pièce à l’étage. Ce n’est pas encore, Camille, que le musée te cédera la place qui te revient.


Camille Claudel sort des réserves

Présentation de 22 œuvres de la collection du musée

Jusqu’au au 5 janvier 2014
Musée Rodin, 79 rue de Varenne, 75007 Paris
 
 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Jeûne

Hannah et ses échinops

NE PAS BLESSER