dimanche 19 février 2012

Des fenêtres

Inutile de la chercher, cette fille est toujours plantée devant mes fenêtres. Je la retrouve, d'une pièce à l'autre, elle regarde, elle regarde tellement que je suis obligé de m'approcher, bien que ce paysage je le connaisse par cœur puisque c'est mon dehors, ma fenêtre, ma chambre, mon appartement. Mais elle, elle se colle, elle aspire, est aspirée, elle tend parfois sa main, m'attire, et je me plaque derrière elle, je ferme les yeux parce qu'elle va trop vite, je tends l'oreille et j'entends : "tu comprends, dans ma vie d'avant, avant, avant toi, des fenêtres d'où je regardais il n'y avait rien d'autre qu'un mur."

Remainder XI, Matias Faldbakken, 2010

mercredi 15 février 2012

L'accroc

L'obscurité est limite, sa sensibilité à fleur de tête et l'accroc à sa jupe...
Elle joue à un je dangereux.

Untitled, Cui Fei, 2012

mardi 14 février 2012

Désir

le désir est / mets le grappin dessus / guette un nouveau jour / prends-le par surprise

Bunny, Polly Borland, 2011

lundi 13 février 2012

os

- Tu es un tas d'os
- On va pas en faire un plat
- T'as l'air d'une ado
- Pour ce que ça m'a apportée d'être une femme.

Untitled, Yu Jinyoung, 2006

samedi 11 février 2012

Version

Elle a besoin d'une Histoire pour se livrer, sinon elle ne donnera qu'une version abrégée d'elle-même.

Sans titre, Walter Mason, 2011

vendredi 10 février 2012

Putain de sa mère

Parfois il y a une autre fille dans le magasin. Une fille comme moi. Une putain à sa mère. Je dis putain parce que les garçons de l’école m’appellent comme ça. Et aussi parfois dehors les voix dans le dos. La fille et moi on se regarde pas. Je l’aime pas. Elle me déteste aussi. Nos mères se parlent, elles échangent des robes, elles complimentent la fille de l’autre. Mais quand on sort ma mère vipère "qu’elle est moche cette petite, aucune classe, quel mauvais goût."
Elle m’a pas vu. Tu m’as pas vu maman. Tu me vois pas. Tu nous vois pas ?

Poupée, Gisèle Vienne, 2010

jeudi 9 février 2012

Brasier

Avant de devenir armés, tes bras étaient mon brasier.

Silueta Works in Iowa, Ana Mendieta, 1976-1978

mercredi 8 février 2012

Pierre fendre

Il silence à pierre fendre. Elle a beau ajuster sa cagoule d'os, serrer plus fort son manteau de peau, il passe partout, mord son cœur, noircit sa bouche, gèle son esprit.

Mécanisme de l'oubli, Isa Marcelli, 2011 (?)

lundi 6 février 2012

Faim

On crève de faim dans cette vie-là.
Espaces trop petits
propositions trop petites
réalisations trop petites
amours trop petites
rages trop à l'étroit
désirs trop à l'étroit
corps trop à l'étroit
mots trop à l'étroit.

Heterotopia, Vincent J. Stoker,  2011

samedi 4 février 2012

à blanc

je rêve de la saigner / je rêve de faire la paix / pensées limites / mots périmètres
saigner - paix - mots - limites

Body tracks, Ana Mendieta, 1974

jeudi 2 février 2012

Obstinée

Tu n'es bonne qu'à ça / fredonner et rêver / que la merde sent le mimosa / que la réalité est le rideau de scène / l'enfance une tension / l'amour un éblouissement.

Gaijin, David Favrod, 2011

mercredi 1 février 2012

Rixe

Trop saouls pour se battre debout
gueules ouvertes collées au pavé
jambes fauchent où elles peuvent
bras balancés, hanches se cognent
grognent, crachent, étouffent, jurent
tu vas payer pour ma vie
écrase, explose, saigne.
Autour de la mêlée
chiens dressés
excitent, bondissent, jappent
tracent un périmètre
de crocs de poils de salive.

Tables choquées, Suzy Lelièvre, 2011

lundi 30 janvier 2012

Des histoires

Ne me laissez pas croire aux histoires que je raconte.

Sans titre, Mïrka Lugosi, 2010

dimanche 29 janvier 2012

Trocs

Vends sacs à voyager. Valises de souvenirs. Maison à risques sismiques. Raison imitation peau. Kilos de chair fraîche. Échange sa part du gâteau contre heures de bonheur. Recherche amnésie peu servie. Écrire adresse restante.

Nature morte, Véronique Ellena, 2008

vendredi 27 janvier 2012

La place

Où puis-je poser la tête?
Où est l'épaule de ma mère?

Untitled, Michaël Borremans, 2009

mercredi 25 janvier 2012

Les fourmis

Tant de fourmis
dans le cœur
et les tunnels
dans le corps.
Effondrements
cœur et corps.

Healing Sutra #3 , Erin Endicott, 2011

mardi 24 janvier 2012

Inconnue

Elle a changé de coiffure, s’est déshabillée entièrement puis rhabillée différemment, elle dit « oui » à la place de chaque nom, bouleverse tous ses itinéraires pour ne jamais remettre les pieds dans les mêmes empreintes ; elle est inconnue au cœur de l’inconnu, entravée par les limites de l’universel, décidée à ne plus jamais franchir les frontières de l’intime.

Untitled, Chelsee Ivan, 2011

lundi 23 janvier 2012

Ascendance

Je maudis mes fragilités / ma porosité / mes dépendances / 
mon ascendance.

"Untitled", Geraldine Gliubislavich, 2009

vendredi 20 janvier 2012

Valse

Il n'y a que nous pour entendre/la valse à trois temps/et moi dans vos pas, Monsieur/vos bras autour de ma taille/vos années qui m'encerclent/sous la guirlande d'ampoules./Savez-vous qu'aujourd'hui/du bout de votre vie/vous m'avez rendue à la mienne/et offert l'envie/d'une nouvelle journée/d'une nouvelle année.

Untitled, Félix Gonzalez-Torres, 1989

mercredi 18 janvier 2012

L'Abîmeur

Prendre une femme cœur inflammable
S’en approcher sous couvert de compréhension et de passion
Ouvrir l’œil, l’oreille, la braguette
Peler jusqu’à la dernière peau
Dépecer jusqu’au dernier morceau
Abîmer jusqu'à l'os
Tourner le dos.

Escort Kama, Pieter Hugo, 2008

lundi 16 janvier 2012

L'Unique

La mauvaise maison / enferme / Unica la vicieuse/ Hans sodomise Moi
S'ils sont interchangeables, nous n'en finirons pas / C'est Unica qui le dit / année après année / tout fût multiplié / seins, fesses, plis, lèvres, chairs. / Pour ces opérations, Hans a dû / lacer, ficeler et serrer / le fil de soi totalement dévidé / Unica perdue dans le labyrinthe d'elle-même / appelle, crie "Hans Unica!" / l'écho lui renvoie / Un nom étranger / Des sons inconnus.
Détache-moi s'il te plaît, j'ai mal / J'ai mal à moi.

Ruines, Isabelle Vaillant, 2011

dimanche 15 janvier 2012

Dénominations

Elle s'avance dans la cour dite "de récréation"
Elle s'assied dans la salle dite "d'étude"
Elle rentre à la maison dite "familiale"
Elle se couche dans son lit dit "d'enfant"

Green Goggles, Betsy Schneider, 2009

vendredi 13 janvier 2012

jeudi 12 janvier 2012

Miracle

Patience, silence, immobilité.
Reléguée dans l'ombre, jamais devinée.
Le moment venu, prête à bondir.
- Tu es parfaite en tes miracles -

Katie, Jacob Riis, 1892

mardi 10 janvier 2012

Pucelle

Et toi c'était qui? C'était quand? Entre quels murs? Devant quels témoins? Dans quel silence? Quel chaos? Quel visage? Quel sexe? Quel plaisir? Quelle peur?

Matches, Julie Morstad, 2011

lundi 9 janvier 2012

Naïve

 Cœur naïf / corps averti : mauvaises leçons de l'école du chaos.
Un temps pour comprendre / une vie pour désapprendre.

From sea to Shining sea, Albert Cullum, 1966

jeudi 5 janvier 2012

Ephéméride

creuse à la lame / à l'intérieur des cuisses / des traits réguliers / décompte patient / des jours passés/ ne pas y revenir.

Baudelaire, Aimei Ozaki, 2011

mercredi 4 janvier 2012

La patrouille

Ta vie ça te regarde pas -
inutile sous le peloton des étoiles
Tes amours ça te concerne pas -
mains langue liées par le secret      
Ta rage ça t’appartient pas -
tourne le dos au spectacle
Ta mort c’est pas ton histoire -
la patrouille s’en chargera.
 
Reading, Anni Leppälä, 2010

lundi 2 janvier 2012

Incendie

Colère à l'envers, creux des absents où l'on s'égare.
Si quelque chose de noir, ne tourne pas le dos,
traverse les flammes.

Feuille, Eric Pougeau, 2010

mercredi 28 décembre 2011

Fugitif

histoire d’amour écrite à la craie / années blanches effacées par la pluie / rigoles épaisses / labyrinthes grumeleux / nettoyés par les larmes / ce n’était rien / rien d’autre qu’un jeu / une marelle éphémère.

Untitled (unpredicteble future), Mircea Cantor, 2004

mardi 27 décembre 2011

Pensée

Il se demande si une femme pense à lui cette nuit.
Certainement celle à laquelle il ne pense pas.

Trying to escape, Anka Zhuravleva, 2011

dimanche 25 décembre 2011

Hiver


Elle murmure j’aime ton lit blanc
me vautrer     -et l’écume
me lover         -et les crêtes
me fondre      -et la brume
me couler       -et les rêves
me rouler       -et les lys
m’enfoncer    -et la neige

L'Orée, Isabelle Vaillant, 2010-11

samedi 24 décembre 2011

Triade

Des soleils fantômes s’écrasent sur les champs abandonnés et les bâtisses ruinées. L’ampoule pendue au bout du fil de plastique sale clignote et dépose une gelée de lumière sur trois visages : mère, fils et fille disparaissent sous des capuchons d'ambre. 
Le reste des pièces, le grand corps de la ferme, les chambres, l’escalier, les araignées, les lits, les dessous de lits, les armoires, les derrières, les seuils, les poutres, le plancher, les angles, se multiplient ; tout grince, supplie, s’ombre.
Un brou de nuit s’abat sur la famille - l’ampoule sanglote.


jeudi 22 décembre 2011

Notes

Partie au cinéma / Partie en mer / Partie chez une copine / De retour dans quelques jours / De retour de suite / De retour pour te voler ton cœur à 21 heures / Ne pas déranger mes mots / Prière d'ouvrir grand les bras / Même si je supplie, ne pas me laisser sortir.

Phutanang township, Graeme Williams, 2011

mercredi 21 décembre 2011

Paria


"Va jouer plus loin"
Dans ton coin - abandonnée au flou - à l'envers du rêve - 
dans sa doublure - derrière la trame.

Cacher, Annabelle Guetatra, 2011

mardi 20 décembre 2011

Galop

En selle,
les flancs chauds que tu serres
entre tes cuisses nues
vos sueurs mélangées
son oreille qui se dresse
lorsque tu murmures - inutile de crier-
vous piaffez d'impatience
lui en avant, toi dessus
enfin la route s'ouvre et tu avances
emboîtée sur lui, son cuir ta peau ses muscles ta douceur vos désirs
au galop.

Mon cheval Namibie, Patti Smith, 2005

dimanche 18 décembre 2011

Secrets

Il lui tend un cahier vierge et déclare : "Aucun dictateur ne peut te forcer à tout révéler, tu as le droit à tes secrets, tu as le droit à ton coin d'ombre, tu as le droit à ton intimité, tu as le droit à ta souffrance, tu as le droit à tes doutes, tu as le droit à tes fantômes, tu as le droit à tes réponses, tu as le droit à tes négations, tu as le droit à tes attentes, tu as le droit à ton silence."

Destroyed House, Marjan Teeuwen, 2011

samedi 17 décembre 2011

L'assiette



Le nez dans l’assiette, elle trie, surveille, écarte, ouvre, compare, désosse, dénerve, dégraisse, dépose au bord, ramène au centre, découpe, écrase, renonce. 
  

jeudi 15 décembre 2011

L'Innomé

Car je suis
Jeannot la Crapule, Jeannot L’Ennemi, Le Tout-Autre, Jeannot l’Estranger, Le Confus, Je Viens Vous Tuer, Jeannot L’Innocent, Le Taiseux, Jeannot de la Ferme, l'Enfant Mordant le Sol Seul Contre Tous, Le Déséquilibré, Jean dit Jeannot, Jeannot le Schizo, Le Graveur de Chêne, Jeannot Yeux Crevés, L’Homme Au Tracteur, Jeannot le Para, L’Ancien Combattant, l'Homme à Figure Humaine, L'Animal à Fond Triste, Jean du Oui-tout, Jeannot Le Dédale, L'Antenne Numérique, L'Ambleur de Mots, Jean Le Forçat, L'Amant de la Langue, Le Mangeur de Tout en Tout, JeanJean Calendrier, La Bête Introuvable, Jeannot L’Écriveur, L'Enfant Muet, Jeannot L’Événement, Le Broyeur de Morts, Le Déséquilibriste, Jeannot Cou Brulé, Le Sans-habit Déshabillé, Jean L’Ecorché, Le Mutilé de la Langue, Le Gardien des Terres, Jeannot Le Père, Le Haut Fou, le Fils du Pendu, Jeannot le Fossoyeur, Le Petit Chose, Jeannot l’Artiste,  L’Innomé, Jean la Guerre, L’Homme au Fusil, Le Mort de Faim, Jeannot Deux Mains, L’Intranquille, Jeannot L’Acharné, Le Nom Blessé, Jeannot Le Béarnais, L’Orphelin, Jeannot Le Prédicant, L’A-Peu-Près, Jeannot Le Phanatique, Jeannot Le Dézingué, Le Benjamin, Jeannot Le Possédé, L’Intrus, Jeannot L’Obsédé, Jeannot L’Hostile, Jeannot Le Contrarié, Le Forcené,  Jeannot L’Aimant, Le Traqué, Le Détraqué, Jeannot Le Gardien, L’Encéphale, Jeannot Le Voyeur, Jeannot Le Plancher, Jean    

Rope out, Mitch Dobrowner, 2011

mercredi 14 décembre 2011

abracadabra

tour de passe-passe / changement de corps
grand exorcisme/ possession terrassée
magie blanche / retour vers le présent

Sasha, Claudine Doury, 2011

mardi 13 décembre 2011

Sincère

Il est sincère lorsqu'il dit je ne sais pas pourquoi je me démolis le visage, mes deux poings jamais assez forts pour crever mes yeux et ma bouche qui enfle; il est sincère dans son acharnement et son ignorance, planté là devant elle, les yeux pochés, alors il ne peut pas voir la tête penchée vers lui et entend mal la voix qui pue la colère et qui martèle "Pourquoi, pourquoi tu me fais ça?"

Sredni Vashtar, Emma Molony, 2011

jeudi 8 décembre 2011

Entrebâillé

C'est dès ce jour entrebâillé
l'eau et ta peau nue
dans l'écrin d'émail
tes seins bouleversants
ton sourire étonné
sinueux derrière les lacets noirs
de tes cheveux.
C'est dès ce moment
et la porte entrebâillée.

Paper theater, 19è siècle

mercredi 7 décembre 2011

Oublis


la première mère a oublié de la regarder
la seconde mère a oublié de lui parler
la troisième mère a oublié de l'aimer
la dernière mère l'a oubliée.

Meeting, Alex Simpson, 2010

mardi 6 décembre 2011

Informulable

Parfois, cette envie de te parler, ce besoin de te dire, l'agression de ton absence, l'indifférence de la mort, l'informulable manque.

Duvarigne, Mehmet Ali Uysal, 2010