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Affichage des articles du juin, 2009

Oui-Mercy

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Il se retourna et déclara brusquement : "On aurait dû l'abattre à la naissance." Silhouette Masterpiece Theatre , Wilhelm Staehle , 2007 ?

Carnaval

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Matin d'été bleu, blanc, vert. Le carnaval approche et encombre la bouche de mots usés, rincés par la salive. Dans une boutique, une marchande remue en vain des cartons gonflés de désordre pour y trouver les boutons qu'une petite fille attend, son cornet de glace à la main. Alignés dans la vitrine des visages en viande saignante défient les métamorphoses colorées et corrompues de la mort. Les mouches se promènent et pondent abondamment leurs œufs dans les trous béants et coagulés des orbites . L'enfant pose sa glace sur la table et tandis que les insectes viennent y puiser un nouveau festin, elle essaye sur son visage les croûtes bouillies, rien d'autres que les masques mortuaires des anciens du quartier. Elle choisit le négatif d'une starlette suicidée, le plaque sur son visage. Couronnant le corps chétif, l'énorme tête oscille, tableau grotesque et alarmant. Étourdies, les mouches se noient dans la flaque de crème , bientôt recouverte d'un linceul

Pluie et usages

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- Non ...................................! - Je t'interdit ..........! - Tu ne dois pas .................................... ! - Tu sais très bien que ..................................! - Je ne veux pas que tu .............. ! - Ne recommence ............................................... ! - C'est la dernière ...................! - C'est moi qui ................... ! - Combien de fois ........................! Ce

Le malentendu

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Dans la cour tachetée de soleil, elles jouent, élastique, corde, rondes, farandoles de rires et d'insouciance. Aux quatre coins d'ombre, différentes, indifférentes, s'enlisent les esseulées. Gouvernées par la crainte, pétries de silence, obscures masses de doutes broyées par le roulis de l'enfance, elles sont figées dans l'absence. Regardent les autres. Ne s'approchent jamais. Ne se regroupent même pas. Dissimulent les traces de crasse derrière leurs genoux et au pli des bras. Victimes et bourreaux de leur existence étouffée sous le roc. Sans titre , Laurent Pariente , 2004

Qui-vive ?

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Pas à pas, Jeanne l'Unique, tailleuse d'ombres, dans sa robe de laine zéphyr, convoque la nuit et ses voix. Les yeux du mur fixent Jeanne et son attente qui s'écoule goutte à goutte sur le drap. Écriture de craie et de larmes. Petite fille. Un hurlement inconnu attrape Jeanne par la jambe. Le bruit de la solitude. Qui-vive ? Long story short , Kiersten Essenpreis , 2008

Sous-entendus

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Elles se croisent dans la ville, se regardent à peine. Tee-shirt échancré, négligé construit, jean cigarette. Dessous, soutien-gorge plongeant. Misez sur le noir et gris, intemporel et glamour. String en satin extensible. Robe envahie d'un plumetis de fleurs. Cheveux libres. Baiser de blush. Caché, shorty dynamisé par une guipure féminine. Bustier en maille imprimée ultra douce. Short en daim d'où dévalent deux jambes cuivrées. Chemise blanche bouffante. Yeux étirés au noir. Seins libres. Dentelles noires aux cuisses et devant. Elles se croisent, se frôlent, se regardent à peine. Connaissent les secrets. Jouent le duo séduction dentelle et tulle. Osent la lingerie rare et précieuse, alliant douceur du satin et raffinement de la dentelle, révélant une féminité particulièrement sensuelle. Elles connaissent leur leçon par cœur. La réciteront ce soir. Ou se débarrasseront du délicat, de la séduction, du raffinement, de l'écrin, et iront, toute de peau vêtue. Ever and anon , F

Visite

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En lacérant le voile opaque des souvenirs, elle aperçut la barre de HLM de province, l'appartement de la grand-mère, la famille qui piétine sur le seuil avant de s'engouffrer à la suite de maman. Maman redevenue petite fille. Ce n'est que le premier des mystères. Dans les embrassades, elle perçoit les grincements, les torsions, les déchirures. La pièce exiguë déborde vite de bruits, de conversations, d'éclats. Mais elle, au ras de la table, au raz de la conscience, regarde, stupéfaite, les tripes fumantes dans le fait-tout d'émail, la corbeille de fruits en porcelaine, brillants, colorés, interdits, les titres sanglants sur des magazines noirs qu'on dérobe à sa vue. Dans son assiette atterrissent des tentacules élastiques noyés dans un bouillon orange. Cela lui prendra la journée pour avaler ça. Un œil vers les fruits durs, un autre vers sa mère-enfant. La porte se referme, la réalité se fige, sauce froide sur les tripes abandonnées dans l'assiette. Sunset

Possibilités

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E lle a sept ans. Elle pourrait se lever. Elle pourrait chanter. Elle pourrait parler. Elle pourrait ouvrir la fenêtre. Attraper les oiseaux. Elle pourrait se rapprocher de la petite porte. Elle pourrait pousser, forcer, cette petite porte. Elle pourrait se risquer à l'extérieur. Personne ne la connaît. Qui est derrière ? Comment sont les autres? Un autre, qu'est-ce-que c'est ? Des jambes et des bras? Des voix et des cris. Le bruit des oiseaux sur les ardoises. Leur frou-frou et leur chant. Elle pourrait sauter en l'air, tourner sur elle-même. Elle pourrait dire "maman". Elle pourrait découper son nom et s'en offrir un neuf. Inconnue se glisser dehors. Respirer l'air. Toucher le ciel. Compter ses pas. Dépasser ses limites. Cogner sur le mur. Brutaliser sa pièce jusqu'à ce qu'elle rende l'âme, expire et s'ouvre d'un coup. Elle pourrait chercher des mots, les sucer un peu et les cracher à maman : "Où suis-je ? Qui suis-je ? Allo

Anne, ma soeur Anne

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Retiens-moi où je fais un malheur. Qui veut de mon malheur ? Il est frais, il est beau mon malheur. Malheur du jour, promotion : un pour le prix de deux. Achète, je t’en prie, j’en veux un, tout le monde en a un, prends en une poignée, on aura des réserves, je ne veux pas manquer, et puis ça risque d’augmenter, on n’aurait pas l’air con d’avoir laisser passer une occasion pareille. Je prends lequel ? Tu veux l’essayer ? Il me va bien ? Attend que je me regarde. Un peu juste non ? Je vais le prendre plus grand. Une taille en plus, comme ça on verra venir. Au loin, l’herbe ne verdoie plus, l’horizon ne poudroie plus. Sœur Anne s’est pendue. "Yer blues" , Lauren Albert "lala" , 2008

Rencontre

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Francesca avance dans la prairie d'herbes crues. Elle avance comme la mer, de tout son être, vers la baignoire blanche et insolite qui a planté ses griffes dans la terre grasse. Elle a poussé là, abandonnée depuis des générations, aujourd'hui enracinée pour recevoir Francesca. Le sourire de Francesca s'allonge à chaque pas. A chaque pas, elle ôte un vêtement et arrive nue devant la vasque débordante d'eau de pluie sur laquelle dansent une multitude d'insectes noirs. La chair emplie de forces, de désirs, de folies, la belle chair défiante de Francesca s'immerge lentement dans l'eau froide au milieu de la prairie. Elle pose son front contre le ciel, les insectes referment leurs cercles autour d'elle, Francesca s'endort. Simon Schubert , Untitled (woman bathing her hair) - 2006

A table

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Autour de la table tombale, cinq silences. Celui du père, tout en mots de labeur et qui jamais ne révèle l'intérieur. Celui de l'aînée, saillant, rebelle, qui sait que le départ est proche. Celui du cadet, désordonné, débordant, qui voudrait passer par-dessus les autres et s'échapper. Celui de la benjamine, reclus, terré derrière la peur du cri. Celui de la mère, retranchement et travaux forcés, un silence de haine que nul n'écoute jamais. Sigalid Landau , Barbed hula , vidéo 2000

Opérations

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Elle a deux enfants. Un qui ne lui est rien. L'autre qui lui est tout. Le tout engraisse, le rien s'efface. Le tout lui est une excroissance, pleine et ronde. Le rien grandit sans mère, autrement dit, se blesse à tous les angles. Le tout séduit le monde, c'est elle, en beau et en gai. Le rien la couvre de honte. Devant le rien, elle garde ses mains derrière le dos, afin de ne pas le tuer. Devant le tout, elle s'agenouille, lance ses mains pour le toucher. The Adventures of Guille and Belinda and the Enigmatic Meaning of their Dreams (The black cloud, 2000), Alessandra Sanguinetti

Cache-cache

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Il a perdu la bataille. Celle de l'enfance. Il se gave des heures vides qui écrivent sa vie. Disparaît pendant des heures, se cache, lit, angle, armoire, ombre. Ils l'ignorent, ignorent sa présence autant que son absence. Ce couple dont il est le fruit pourri. Ce qui compte, c'est leur histoire, l'appel de leurs corps, leurs mots qui s'emmêlent. Lorsqu'il réapparait, il reprend sa place sans même que la conversation ne s'interrompe ou ne s'incurve. Untitled , ( a scary playmate ), Philippe Jusforgues , 2004-2005

Croissance

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"Oh, comme elle a grandi..." Prédateurs experts en corps pré-pubères. Dans "Oh", les râles rauques de la violence et de l'envie. Dans "comme", le cul, le con, les cris. Dans "elle", les rangées de victimes anonymes. Dans "a", la possession. Dans "grandi", le massacre de l'enfance. Illustration : une oeuvre de Marlene McCarty

Au sec

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Comme c'est un beau-parleur, il a beau-parlé. Passé au tamis leur passé pour en extraire les pépites. Soufflé sur les montagnes de cendres pour trouver la brûlure. Évoqué les anciens paysages, les sensations disparues, les temps évanouis. Elle l'écoutait. Entendait les mots dont il se repaissait, qu'il suçotait comme des bonbons acidulés après en avoir froissé le papier brillant. Des "moi", "moi", "moi" qui se raccrochaient à des "nous" fantômes. Elle a clairement vu le mot devenu pierre à son cou, la phrase de corde rêche, la noyade dans l'eau épaisse du mensonge. Elle a ri en bouchant ses oreilles, heureuse d'être sur l'autre rive. Untiltled, Steven Tabbutt , 2008