Une nappe blanche




Main tendue devant l’entrée du métro. Froid. Froid jusqu’au glacial. Sa main froide sans doute, jusqu’au glacée. Dans les escaliers dévale le peuple; il parle : « On dit qu’il mange sur une nappe blanche. Alors je ne lui donne plus. Une nappe blanche ! On l’a vu. On aura tout vu ! Plusieurs l’ont vu. »
Scandale chuchoté devant la main tendue. Cascade grêle de mots vers les rames à embarquer.
Qu’il mange d’accord. Et une et deux et trois piécettes. Mais sur une nappe?
Qu’il mange d’accord, mais sur une nappe blanche, non.
Qu’il mange d’accord. Sur une rouge une marron, une toile cirée, ou mieux sur une table crasseuse. 
Qu’il mange d’accord, dans les règles, sans table, sur ses genoux, accroupi comme une bête.
Qu’il mange d’accord mais interdiction après avoir tendu la main de 7 heures à 19 heures, avec la pluie la neige, de manger sur une nappe blanche.
La pauvreté doit respecter ses codes. La générosité ses limites. On donne pour un os à ronger une conscience à soulager.
Pas
Pour
Une
Nappe
Blanche







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