le décompte
J’apprivoise la brume sous un ciel pommelé d’écume.
Sol jaune d’automne s’évade
à mes pas, le chien brame contre d’invisibles parois.
Déplacements opaques dans
un silence d’aube, mon costume pénètre la chair d’une forêt aux prises avec ses
fantômes. Devant moi se dilue un
temps d’écorces et de bogues, je sais qu’il y a derrière des châteaux, des
dessins, qu’il faut traverser des nuits criblées de cris, des mots sans
contours, des échos sans bouche, l’automne des corps le soleil du désir.
Je précipite dans la
brume les années à venir, mords le crayon du plomb de mes recherches, tends mon
verre vide à la fontaine des pèlerins.
Je savoure ma brume du
bout de la langue.
Les arbres morts sont
toujours dressés, aucun décompte ne rythme ma vie.